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FC Barcelone 1997/98 : l'histoire d'un maillot devenu culte

31 août 2026 · 9 min de lecture

Au sommaire
  1. Juin 1997 : le Barça perd son Phénomène
  2. Van Gaal arrive et impose sa grammaire
  3. Ce que Kappa a dessiné pour 1997/98
  4. Non, ce n'est pas un maillot moulant
  5. La saison : un doublé et une gifle européenne
  6. Avant, après : pourquoi celui-là et pas un autre
  7. Pourquoi les Kappa des années 90 reviennent
  8. Ce qu'il faut retenir

Le 5 juin 1997, l'Inter Milan paie la clause libératoire de Ronaldo. Environ 31 millions de dollars, un record du monde, et le meilleur attaquant de la planète quitte le Camp Nou après une seule saison. Deux mois plus tard, le FC Barcelone entame l'exercice 1997/98 avec un nouvel entraîneur, un nouveau numéro 11 brésilien et un maillot Kappa dont personne, à l'époque, n'imagine qu'il deviendra l'un des plus recherchés de la décennie.

Ce maillot est aujourd'hui une pièce de collection. Pas seulement parce qu'il est joli — parce qu'il ferme une porte. C'est le dernier maillot domicile Kappa de l'histoire du Barça avant l'arrivée de Nike à l'été 1998.

Juin 1997 : le Barça perd son Phénomène

Pour comprendre ce que représente la tunique 1997/98, il faut mesurer le vide qu'elle habille. Lors de la saison précédente, Ronaldo Nazário avait inscrit 47 buts en 49 matchs sous Bobby Robson, dont 34 en Liga — un record du club égalé par Lionel Messi en 2009/10. Il repart avec un Soulier d'Or européen, un titre de meilleur joueur FIFA, une Coupe des Coupes et une Coupe du Roi.

Puis il s'en va, dans des conditions qui empoisonnent encore les relations entre le club et le joueur. Le Barça de 1997/98 se construit donc en négatif : contre un départ, sur une plaie. Si la suite de la carrière du Brésilien t'intéresse, elle se raconte à part, de Milan à Madrid, dans les tuniques qui ont accompagné ses meilleures années — et son maillot third avec l'Inter cette même saison 1997/98 existe encore en version rétro.

Van Gaal arrive et impose sa grammaire

Le club recrute Louis van Gaal, débauché de l'Ajax Amsterdam. Il amène un 4-3-3 strict, une exigence de possession et une colonie néerlandaise qui s'étoffera dans les saisons suivantes : Ruud Hesp dans les buts, Michael Reiziger derrière — rejoint en janvier 1998 par Winston Bogarde, venu du Milan AC.

Surtout, il installe Rivaldo, arraché au Deportivo La Corogne, au poste d'avant-centre dans son dispositif. Le Brésilien porte le 11 et termine la saison avec 19 buts en championnat, 28 toutes compétitions confondues. Autour de lui : Luís Figo au 7, Sonny Anderson au 9, Luis Enrique au 21 et ses 18 buts en Liga, Pep Guardiola capitaine au 4, Abelardo, Fernando Couto, Miguel Ángel Nadal, Sergi Barjuán, Vítor Baía, Giovanni, Hristo Stoichkov.

C'est ce onze-là que le maillot Kappa habille. Un vestiaire de transition, encore chargé de l'ère Cruyff-Robson, déjà orienté vers ce que Van Gaal veut en faire.

Ce que Kappa a dessiné pour 1997/98

Kappa équipe le Barça depuis 1992, l'été qui suit la première Coupe d'Europe des clubs champions du club. La marque turinoise — dont le logo, les fameux Omini, représente un homme et une femme assis dos à dos — avait signé son premier contrat footballistique majeur avec la Juventus en 1979 et régnait alors sur une bonne partie de la Serie A et de la Liga.

Le modèle 1997/98 tranche avec les extravagances géométriques et les tons turquoise des saisons 1995-1997. Il revient à un blaugrana lisible : les bandes verticales grenat et bleues classiques, mais avec de fines rayures contrastées glissées à l'intérieur des bandes principales, et des finitions bleu, grenat et marine sur les bordures. Le bleu marine, très présent sur les modèles précédents, disparaît du corps du maillot. Le col dessiné pour ce maillot sera d'ailleurs réutilisé par Kappa pour le pays de Galles.

Le maillot extérieur, lui, repasse à l'orange — un clin d'œil assumé à la tenue portée à Wembley en 1992. Détail que les collectionneurs adorent : les maillots de gardien de cette période portaient le prénom et le nom du joueur tissés le long des manches, en version personnalisée pour Vítor Baía et Ruud Hesp.

Une poitrine vide, et c'est un choix

Le détail le plus frappant quand tu regardes ce maillot en 2026, c'est ce qu'il n'a pas. Aucun sponsor. Le FC Barcelone a joué sans annonceur sur la poitrine jusqu'en 2006, plus d'un siècle après sa fondation, avant de faire figurer le logo de l'UNICEF — un accord si particulier que c'est le club qui versait de l'argent à l'organisation, et non l'inverse.

Résultat : un blason, un logo d'équipementier, des rayures. Rien d'autre. C'est une des raisons pour lesquelles les maillots du Barça des années 90 vieillissent si bien à l'œil, là où tant de tuniques de la même décennie sont datées par une marque de bière ou d'électronique.

Non, ce n'est pas un maillot moulant

On lit souvent que le Barça 1997/98 illustre la fameuse coupe moulante de Kappa. C'est faux, et l'erreur mérite d'être corrigée.

Le maillot ultra-ajusté qui a fait la réputation de la marque, le Kombat, arrive plus tard : sa première apparition en club se fait avec l'AS Monaco à la fin des années 90, avant de marquer les esprits sur le dos de l'équipe d'Italie. Le principe était technique autant qu'esthétique : une matière hyper-élastique qui s'étire longuement sans se déformer, censée rendre les tirages de maillot visibles pour l'arbitre.

Le Barça 1997/98, lui, est un maillot des années 90 au sens classique du terme : coupe ample, épaules larges, tombé généreux. C'est d'ailleurs une partie de son attrait aujourd'hui, à l'heure où la silhouette oversize est redevenue une évidence dans la rue. Le même phénomène traverse toute la décennie et explique pourquoi les maillots les plus marquants des années 90 se revendent aujourd'hui plus cher que beaucoup de modèles récents.

La saison : un doublé et une gifle européenne

Le maillot n'aurait pas la même aura sans ce qu'il a vécu. La saison 1997/98 est un contraste brutal entre domination domestique et effondrement européen.

Compétition Résultat
Liga Champion (15e titre)
Coupe du Roi Vainqueur (24e titre)
Supercoupe d'Europe 1997 Vainqueur
Supercoupe d'Espagne 1997 Finaliste
Ligue des champions Éliminé au premier tour, dernier du groupe

Le titre en Liga tombe le 18 avril 1998, après une victoire étriquée contre le Real Zaragoza, à quatre journées de la fin, pour un total de 74 points. Onze jours plus tard, le 29 avril, le Barça remporte la Coupe du Roi à Mestalla contre le RCD Majorque d'Héctor Cúper : 1-1 après prolongation, Rivaldo égalisant à la 66e minute, puis 5-4 aux tirs au but.

Le club décroche aussi la Supercoupe d'Europe, disputée en deux manches pour la dernière fois de son histoire : 2-0 au Camp Nou contre le Borussia Dortmund le 8 janvier 1998, puis 1-1 au retour en Allemagne le 11 mars. Le trophée récompensait la Coupe des Coupes gagnée la saison précédente.

Au passage, une note pour les amateurs de statistiques : malgré ses 19 buts, Rivaldo ne décroche pas le Pichichi. Il termine derrière Christian Vieri, auteur de 24 réalisations avec l'Atlético Madrid.

Le 5 novembre 1997

Et puis il y a l'autre versant. En Ligue des champions, le Barça tombe dans un groupe avec le Dynamo Kiev, le PSV Eindhoven et Newcastle United. Il le termine dernier.

Le point bas porte une date. Le 5 novembre 1997, le Dynamo Kiev gagne 4-0 au Camp Nou, avec un triplé d'Andriy Chevtchenko, alors âgé de 21 ans, et un but de Serhiy Rebrov. Deux semaines plus tôt, le 22 octobre, le Barça avait déjà perdu 3-0 à Kiev. Sept buts encaissés en deux rencontres contre le même adversaire : le maillot du doublé national est aussi celui d'une des soirées les plus humiliantes de l'histoire récente du club.

C'est peut-être ça, au fond, qui le rend intéressant. Un maillot de vainqueur qui porte une cicatrice.

Avant, après : pourquoi celui-là et pas un autre

Les Kappa 1992-1995 ont l'aura des titres de Cruyff et une longévité rare — le même maillot domicile porté trois saisons de suite, chose devenue impensable. Les modèles 1995-1997 partent dans l'expérimentation, avec des formes géométriques et des teintes qui ont moins bien vieilli.

Le 1997/98 arrive en dernier, et c'est ce qui le distingue. Il est le plus sobre des Kappa tardifs, le plus proche de l'idée qu'on se fait d'un maillot du Barça, et il coïncide avec un basculement : la fin d'une ère italienne, artisanale, et le début de l'ère Nike, qui dure depuis 1998.

Il porte aussi la dernière saison de Hristo Stoichkov au club, parti à la trêve hivernale. C'est une frontière, matérialisée en polyester.

Pourquoi les Kappa des années 90 reviennent

Trois forces jouent ensemble.

  • La rareté. Les tirages des années 90 étaient sans commune mesure avec la production actuelle, et les pièces en bon état, sans trous ni flocage décollé, se raréfient chaque année.
  • Le graphisme. Les équipementiers de la décennie avaient les budgets et la liberté de dessiner des choses que les chartes graphiques modernes n'autorisent plus.
  • La mode. Le maillot de foot a quitté le stade. Kappa avait déjà un pied dans la rue dans les années 90, du côté de la scène britpop, ce qui donne à ses pièces une double légitimité — terrain et vestiaire urbain.

Le marché suit. Le principal revendeur de maillots vintage a affiché plus de 30 % de croissance sur son exercice clos en juin 2024 et levé des fonds dans la foulée. Ce basculement du maillot vers le vêtement du quotidien, on l'a décortiqué dans notre analyse du maillot rétro comme pièce de mode.

Ce qu'il faut retenir

Le Barça 1997/98 n'est pas culte parce qu'il serait le plus beau maillot de l'histoire du club. Il l'est parce qu'il condense une bascule : le départ du meilleur joueur du monde, l'arrivée d'un entraîneur qui va réécrire le club, un doublé Liga-Coupe, une déroute européenne, et la dernière signature d'un équipementier qui avait accompagné le Barça pendant six ans.

Un maillot n'a jamais autant de valeur que quand il raconte une année charnière. Celui-ci en raconte une.

Pour explorer les tuniques d'époque disponibles, passe par notre sélection rétro ; pour l'actualité catalane, la page du FC Barcelone et l'ensemble des maillots de Liga te donneront le reste du tableau.

Équipe éditoriale MyFootify

Publié le 31 août 2026